Comment les Eskimos gardent les bébés au chaud – Mei-Ling Hopgood

Et autres aventures éducatives du monde entier. 

Publié chez Marabout Poche
ISBN : 9782501093976
Titre original : How Eskimos Keep Their Babies Warm: And Other Adventures in Parenting 

Comment-les-eskimos-gardent-les-bebes-au-chaudQuatrième de couverture : 
Jeune mère américaine installée à Buenos Aires, Mei-Ling Hopgood a été choquée par l’heure tardive à laquelle les Argentins couchent leurs enfants. Était-ce bon pour leur développement, tant physique que social ? Poussée par sa curiosité de journaliste et ses interrogations de jeune maman, elle s’est lancée dans un tour du monde des méthodes éducatives, étudiant des problématiques aussi universelles que l’heure du coucher, l’apprentissage de la propreté, les repas, ou les activités ludiques. Aux quatre coins de la planète, elle a interrogé des parents issus des cultures les plus diverses, ainsi que des anthropologues, des éducateurs, et des experts en puériculture. Ainsi, les Chinois sont les rois de l’apprentissage de la propreté. Chez eux, le pot, ça commence à six mois ! Toutes ses découvertes, Mei-Ling Hopgood les a testées sur sa propre fille, dès la naissance. Et les résultats parlent d’eux-mêmes !

Mon avis : 
Premièrement, je dois mentionner qu’en découvrant ce livre, j’ai été étonnée de l’emploi du terme « eskimos » dans le titre. Terme qui est également présent dans la version originale, pourtant, je croyais qu’aux USA, les gens étaient très pointilleux sur ce sujet. Pour essayer de faire simple, en gros, ce terme (dont la signification et l’origine ne sont pas pas forcément très claires), quoique très courant et popularisé au XIXe siècle, est considéré par les principaux intéressés comme péjoratif et insultant. En règle générale, c’est le terme Inuit qu’il est plus correct d’utiliser, bien qu’une petite partie de ceux vivant en Alaska (et en Sibérie) acceptent le terme « eskimos » (ne voulant pas être assimilés à la majeure partie des Inuits) mais lui préféreraient tout de même (pour l’Alaska) le terme de Yupik.
Au passage, j’ai lu dans les commentaires par rapport à une chronique de cet ouvrage, une personne qui employait le terme « Lapons » pour désigner les Sames. J’en profite donc pour le préciser également, « Lapon » est tout aussi insultant que « Eskimo » (Ici un article qui explique rapidement la question). Pensez à tous les termes grossiers qui sont parfois employés pour désigner des peuples, et bien là c’est pareil.
Fermons la parenthèse.

Comment les Eskimaux… se décomposent en onze parties, chacune abordant un couple thème-région du monde, présentant la façon dont les habitants de l’endroit se comportent vis-à-vis de la question. On y retrouve les grands sujets qui font l’objet de nombreux manuels de puériculture et suscitent bien souvent des débats enflammés entre différents points de vue, parfois antagonistes. Et pour cause, souvent ces sujets constituent souvent une source d’angoisse et de comparaison pour les parents, angoisses bien alimentés par les avis parfois très divergents des professionnels de tout poils. Professionnels qui ne sont pas toujours très ouverts, ont des positionnements plus ou moins tranchés et sont plus ou moins portés sur l’altérité et le débat.

Ainsi, l’ouvrage s’ouvre sur la question du sommeil, ou plus précisément, des pratiques et attitudes autour du sommeil des bébés et des jeunes enfants, en nous faisant partager le point de vue globale de la société argentine et la manière dont la question est traitée là bas.
Ce n’est sans doute pas un hasard, tant cette question, du moins en France, fait l’objet de multiples interrogations et autres questionnements, de la part de l’entourage plus ou moins proche, de façon plus ou moins intrusive. « iel fait ses nuits ? » « iel dort bien ? » Mais qu’est-ce que bien dormir pour un bébé ? Dormir comme un adulte ? Dormir comme un adulte du XXIe siècle ? Puisque rappelons que la manière dont nous dormons a évolué avec le temps, et pas seulement en terme purement matériel et physique (lits partagés, sommeil collectif avec hommes et bêtes, etc) mais aussi au niveau du cycle proprement dit. Ainsi, avant la Révolution Industrielle, le sommeil se partageait entre deux grandes phases, séparées par une phase d’éveil au milieu de la nuit. De mémoire -je ne me souviens pas des sources- il était d’ailleurs conseillé d’essayer de ne concevoir qu’après la première partie du sommeil binaire effectuée.
Notre idée préconçue de ce que doit être le sommeil de bébé est en grande partie le reflet de notre mode de fonctionnement social, idée renforcée par les postulats de nombreux manuels dits de puériculture. Tout comme bon nombre de livres/articles sur la grossesse publiés en France reflètent la culture obstétrique interventionniste et constituent parfois même un dressage pour faire accepter la violence obstétricale et nous conduire à la considérer comme « normale », « un mal nécessaire » et j’en passe. Les choses commencent tristement juste à évoluer, sans doute parce que de plus en plus, des femmes refusent de se laisser faire et se battent.

L’auteure fait des allers-retours entre sa propre expérience, ou plutôt son propre vécu, ses difficultés et ses incompréhensions et ce qu’elle a retiré de chacune de ses confrontations avec ces autres manières de faire : sommeil, alimentation, portage, jeux, manière d’aborder la maternité, etc. Certaines personnes semblent avoir trouvé cela redondant, ou parfois, dispensables. Ceci étant, il faut souligner que cet ouvrage n’est pas un manuel de puériculture. Il me semble important de le préciser, parce qu’en parcourant rapidement quelques critiques sur GoodReads, j’ai eu l’occasion de voir que c’était un reproche fréquent. Considérez-le plutôt comme une approche anthropologique (très) simplifiée de différentes pratiques culturelles éducatives. Sa manière de nous faire partager une part de son parcours ne vise, selon moi, qu’à exprimer le fait qu’elle aussi a eu des doutes, des interrogations… somme toute, qu’elle est une mère comme beaucoup d’autres, et qu’elle a souvent relativisé, à la fois son point de vue initial, mais tout aussi important, qu’elle a également relativisé ces nouvelles approches, en prenant ce qui correspondait à aux besoins et aux fonctionnements de son cercle familial.
Cet ouvrage ne vise pas à vous dire quoi faire avec vos enfants dans tel ou tel cas de figure, pas plus qu’il ne prétend donner de conseils miracles ou vous dicter d’adopter le point de vue exposé. Mei-Lee Hopgood ne fait « que » partager des manières de faire qu’elle a pu collecter par le biais de ses recherches plus ou moins formelles, manières qui peuvent s’avérer choquantes pour certaines personnes en fonction de leur positionnement éventuel sur certains points.
En plus de donner ces différents aperçus dans des cultures que nous ne connaissons pas forcément, je trouve intéressant le fait qu’une certaine contextualisation soit donnée à chaque fois. Cependant, en l’absence d’autres lectures, sources, témoignages, elle est à prendre avec des pincettes : avoir lu que en France, les femmes enceintes se contentent de se limiter à un verre de vin par jour est une énorme exagération. Même si certaines consomment exceptionnellement voire occasionnellement du vin (ou autre) pendant leur grossesse ; même si on retrouve une certaine « pression sociale française » à base de « oh allez, c’est rien », globalement… c’est plutôt n’importe quoi. Donc, je me demande ce que cela donne pour les autres exemples, sans compter que même au sein d’une même culture, les pratiques individuelles peuvent être très différentes en fonction de leur histoire, de leur milieu social, de leur rang, etc.
On retrouve en outre, et c’est sans doute ce que j’ai trouvé le plus intéressant, une bibliographie très riche (surtout disponible en langue anglaise : je ne pense pas que beaucoup aient été traduit en français) à la fin de l’ouvrage, afin de pouvoir aller plus loin en fonction de nos propres intérêts, ce que je prévois de faire.

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