[La drôle d’époque #2] Promenade en absurdie

Le quotidien avec Mlle Pompon, l’homme (qui sera heureusement dispo à la maison. Vu mon état de camion-citerne russe des années 70, je suis soulagée) et moi.
Heureusement, nous vivons dans une maison, avec un jardin. Je n’ose pas imaginer si tout ceci avait eu lieu il y a deux ans, quand nous vivions dans un meublé saisonnier exigu et mal organisé… En cherchant, on trouve toujours de quoi se réjouir.

Nous improvisons un peu au jour le jour, vu notre situation. Il y a des jours où je me sens bien, d’autres où je suis sur les rotules et de mauvaise humeur. On s’adapte.
Aujourd’hui, « promenade en absurdie » avec un passage obligatoire au laboratoire d’analyses pour moi. Inutile de dire que je m’en serais bien passée… En file indienne à un mètre de distance les uns des autres. Plus de flacons en libre accès comme c’était le cas auparavant, pas de possibilité de prendre un ticket ni de s’asseoir. Je m’adresse -de loin hein- à une dame pour poser une question : j’ai limite droit à une crise d’hystérie d’avoir OSE lui adresser la parole, et puis je n’ai pas de masque, ô secours ! Non je n’ai pas de masques : d’une il n’y en a plus, de deux, il faut savoir que beaucoup de gens les portent en réalité très mal et de ce que j’ai pu lire, ca donnerait juste une fausse sensation de sécurité.
Quand j’arrive finalement à obtenir deux flacons vides pour mes analyses, je m’enquiert de l’absence du formulaire de renseignements habituellement présent. On me réponds que « ca ne sert à rien et qu’on peut s’en passer pour les analyses ». Ah. En temps normal, il faut savoir que si jamais on oublie de cocher une micro case (M. / Mme), c’est la crise de nerfs parce que « la présence parfaitement remplie de cette feuille est une sécurité pour éviter une confusion dans les dossiers. » Donc, soit au quotidien, c’est bidon et on nous escargasse pour rien. Soit c’est important, et clairement, ca craint pour mes analyses. Je suis pas franchement convaincue, pas franchement rassurée non plus et j’aurais adoré envoyer valser ces analyses (si je n’étais pas suivie par une sf sur qui ca pourrait retomber, je l’aurais fait allègrement d’ailleurs).

En reprenant la route pour rentrer chez moi, je croise des vieux. Plein de vieux sur les sentiers, la route. Des vieux par petits groupes, qui se promènent. Une dame avec son déambulateur qui cause avec une autre vieille. Moyenne d’âge ? 70 ans ? J’en suis perplexe. Il fait beau, très beau. Manifestement, vu l’endroit, ce n’est pas pour aller faire des courses, ca sent un peu la sortie de « loisirs » (mais peut-être que ce n’est qu’une impression ?). Des enfants par contre, j’en ai presque pas vu. Ah si, une ou deux personnes avec deux enfants près d’un supermarché. Les gamins surexcités, le parent à l’air dépassé et fatigué. La sortie qui sent le « j’embarque les enfants pour que tu puisses bosser un peu ». Mais là aussi, c’est peut-être juste ma perception.

Donc, je suis perplexe : il ne faut pas sortir pour protéger les personnes fragiles, entre autre les plus de 60 ans, mais eux, ils sortent allègrement ? Mmmmh.
J’ai aussi croisé la famille entassée dans un gros SUV rutilant blanc, immatriculé 75. Ceux qui sont venus nous rejoindre ces derniers jours. Sans commentaires.  Et ce soir, c’est le préfet du département qui demande à ce que les entreprises rouvrent.

Voyage en absurdie.

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