[La drôle d’époque #3] Accouchement & Confinement…

Tout ceci n’est que mon vécu, mon prisme personnel et ne prétend pas être une vérité générale. Ce n’est pas non plus un article de fond sur un sujet délicat, c’est juste un entrebâillement subjectif.

J’ai enfin accouché. Pendant le confinement.
Et à domicile, comme c’était prévu !

Pour ma première grossesse, il était aussi prévu un AAD (Accouchement à Domicile, donc accompagné par un professionnel de santé, par opposition à ANA, un accouchement non Assisté. Par exemple une femme qui accouche seule chez elle sans assistance.)mais ce dernier n’avait pas pu se faire en raison de complications. J’avais donc été accoucher à l’hôpital.
Pour cette seconde grossesse, j’ai à nouveau projeté d’accoucher à la maison. J’ai la chance d’habiter pas loin d’une des dernières sage-femme de la région à le faire¹. Je n’ai pas du jour au lendemain envisagé cette option à cause de la pandémie de coronavirus, ou à cause du confinement. Et heureusement, au moment de la déclaration du confinement, j’étais déjà entrée dans la période probable d’accouchement, qui va de 37 SA à 41+6 SA. Sauf problème médical de dernière minute, ce qui est toujours une possibilité, je n’ai pas été stressée que l’on découvre un souci lors de la dernière échographie, comme ce fut le cas pour Mlle Pompon. Heureusement, parce que j’aurais été encore plus stressée.

Ce qui me faisait le plus peur, c’est que ma sf ne puisse plus pratiquer les AAD, ou que la doula ne puisse pas se déplacer. J’avais vraiment hâte que l’accouchement arrive, et il s’en est fallut de peu pour que le projet tombe à l’eau. Comme nous n’avons aucune aide possible, même pas des gens à qui confier la petite, et plus aucun mode de garde, l’impossibilité de présence de notre doula aurait signifié un transfert en maternité. La sf étant très claire sur ce point : il faut une personne -le partenaire le plus souvent- pour être présent avec elle et la parturiente pendant le travail, et une personne pour s’occuper des enfants s’ils sont petits, ce qui est notre cas. A 24h près, l’AAD serait tombé à l’eau en raison de la recommandation de l’association des doulas de France : elles ne doivent plus se déplacer à domiciles ou lors de naissances, sauf en l’absence du partenaire. Certes, il y a des supports de soutien mis en place à distance, mais quand on a besoin ou prévu une personne pour le post-partum, comme c’était notre cas, c’est plus délicat.
Je n’ai pas besoin de parler ou d’évacuer mes peurs, ou de conseils pour l’allaitement. En revanche, nous aurions besoin d’une personne pour le quotidien, ce qui est impossible à l’heure actuelle. Tant pis. J’ai envie de dire que je la sentais venir ces derniers mois  ; malgré tous nos efforts, et ce avant même le début de l’épidémie.

J’ai malheureusement un mauvais souvenir des douze jours de maternité lors de la naissance de Pompon. Un très mauvais souvenir, plus quelques détails qui font que je fais partie des personnes qui ne se sentent pas DU TOUT en sécurité au milieu du personnel soignant. Je ne préciserai pas quoi, parce que ce sont des détails trop privés, mais clairement, la maternité est pour moi plus synonyme de harcèlement médical que de cocon où on est bichonnée. Voilà pour mon expérience qui, je le sais, est tout à fait personnelle et ne peut-être généralisée. Cependant, je me demande ce que cela va donner au niveau des violences obstétricales (qui contrairement à ce qu’aime me soutenir ma chèèèère belle-mère, ne sont pas un mythe).

Dans mon coin, concrètement, la maternité autorise encore la présence d’un accompagnateur en salle de travail. Pour combien de temps encore ? Je ne sais pas. En revanche, il n’y a plus de retours précoces à domicile, plus de PRADO, les séjours sont allongés au maximum. Et aucune visite possible, y compris pour le père. Une fois la salle de naissance quittée, il ne revoit la femme et le bébé qu’au moment de la sortie. Rien que l’idée, j’en avais des sueurs froides, surtout quand il me faut préciser que j’ai du contacter une avocate spécialisée pour pouvoir sortir la première fois (aucune raison médicale de me garder, c’était dû aux particularités dont je parlais).

Ensuite, à un niveau plus trivial, je suis végétarienne. Il n’y a aucun substitut possible (sachant que j’ai horreur du fromage et n’en mange pas) pour les plateaux repas. Déjà que complets, ils sont insuffisants pour une femme qui allaite, une fois le fromage et les produits carnés retirés… on crève la dalle. Je parle encore une fois d’expérience. Moi qui dévore comme un dragon, devoir enfiler trois jours de solitude dans un environnement qui me donne des sueurs froides, le tout en crevant la dalle… Mmmmh, j’ai croisé les doigts très forts.

Le travail s’est lancé doucement. Très doucement. J’ai eu un faux travail qui a duré tout doucement en sourdine pendant presque 48h, avant que ne se lance le vrai. Tout s’est bien passé. Pas de soucis, pas de transfert. Et Pioupiou en bonne santé au bout.
Gros moment d’émotions. Je ne souhaite pas forcément relater tout cela en détails, ce sont des choses trop personnelles pour moi.

Maintenant nous avons les démarches habituelles à gérer, et notamment la déclaration de naissance en mairie. Après avoir pris plusieurs jours pour choisir les prénoms. Parce que non, nous ne savions pas si j’attendais un garçon ou une fille. Que non, nous ne voulions pas savoir. Et que non, nous préférons avoir le bébé dans les bras pour choisir calmement en fonction de sa bouille, de nos ressentis, des événements et autres faits, les prénoms que ce bébé portera toute sa vie.

L’absence de visites -autres que celle qui auraient pu être vraiment utiles- ne me manque pas du tout. Nous sommes du jour à demander expressément à ce que l’on nous laisse tranquille pendant plusieurs semaines, le temps du tissage avec cette nouvelle personne. Le temps de se poser, de lancer l’allaitement. Chose qui avait été très mal accepté lors de la naissance de Mlle Pompon. Le point positif de cette quarantaine, c’est qu’on n’a pas à faire barrage ou à nous justifier de dire « laissez-nous tranquille, merci ».

¹ (elles sont de moins en moins nombreuses en France, suite à des volontés politiques de faire disparaître cette pratique. Si vous êtes intéressé.e.s par la question, je vous invite à lire le blog de Marie-Hélène Lahaye, Marie, accouche-là)

2 réflexions sur “[La drôle d’époque #3] Accouchement & Confinement…

  1. tiphaine L dit :

    Du coup je n’ai pas compris si la doula accompagne aussi en post partum?
    J’ai eu de mauvaises expériences en tentant d’en trouver une pour ma 3° grossesse. J’ai laissé tomber après deux tentatives infructueuses.
    en tout cas tant mieux si tout s’est bien passé pour ce bébé, sans doute que le temps fera son oeuvre pour apaiser les souvenirs du passé. je trouve que ça aide de faire mémoire de ce qui était douloureux, pas forcément en publique, mais au moins pour soi-même, le mettre par écrit pour le formuler, mettre des mots dessus à un moment où on se sent vulnérable. On n’est pas obligé de ressasser non plus et d’en faire une obsession, mais de temps en temps il faut que ça remonte pour décanter.

    Aimé par 1 personne

    • Andrinople dit :

      Merci pour tout tes gentils -et intéressants- commentaires.

      La doula peut accompagner en post-partum par exemple, en faisant des courses, en prenant en charge les petites tâches ménagères, avec des conseils généraux sur l’allaitement, en échangeant avec les parents sur leur ressenti etc. Ici, c’était surtout l’aide sur les petites choses du quotidien qui nous intéressaient : elles sont en général plus au fait de la fragilité émotionnelle du post-partum et des besoins spécifiques. Pour Mlle Pompon, l’ADMR avait envoyé une aide familiale, mais c’est un peu comme les puéricultrices de PMI par rapport à l’échange avec « sa » sage-femme : beaucoup moins personnel.
      Je me sens personnellement plus à l’aise avec une personne que je connais un peu, et qui ne va pas tenter de me poser un cadre et des questions-types.
      Du coup, nous avons dû gérer tout l’aspect pratique seuls, avec en plus notre trois-ans à temps complet, ce qui était sportif pour nous. J’avoue, j’ai beaucoup d’admiration pour les femmes qui arrivent à tout gérer seule en très peu de temps après une naissance, ce n’est pas mon cas.

      Je ne sais pas dans quelle région de France tu vivais alors pour ta 3e grossesse, mais je pense que ca dépend beaucoup des coins. Ici il y en a plusieurs dans un périmètre restreint, elles travaillent en association, donc plus de chance de trouver « la bonne » (ou les deux, elles travaillent souvent en binôme pour plus de disponibilités). Ca a dû être extrêmement décevant d’avoir deux essais qui tombent à l’eau dans une période aussi cruciale.

      Sur le reste, j’ai participé à beaucoup de mémoires recherchant des témoignages, et j’ai aussi participé à une enquête du CIANE. Ca m’ a aidé. Ca et le fait d’avoir cette seconde expérience « idéale » qui m’aide à prendre du recul sur ma première expérience. Quelque part, avoir vécu des choses difficiles la première fois m’aide aussi : par exemple, l’allaitement ayant été ultra délicat à lancer, forcément on a testé plein de choses, j’ai donc plus de « ressources » dans lesquelles piocher pour cette seconde fois. 🙂

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