C’est une fille ou un garçon ?

Note introductive : cet article est une tentative de réflexion par rapport à mon avis personnel sur la question, et par rapport à nos observations, nos choix et notre vécu. Ce n’est pas une étude ni une vérité gravée dans le marbre. Enfin, cette tentative est évidemment lacunaire (même si j’essaye de trouver des sources / données quand je le peux.)
[Article initialement débuté en 2019, puis un peu mis à jour avant sa publication]

La grossesse déjà bien entamée, les questions commencent à fuser, en particulier, celle que même des inconnu.e.s se permettent de poser sans façon : « C’est une fille ou un garçon ? ». L’habitude est prise dans la majorité des cas de vouloir connaître le sexe de l’enfant à naître. Pour des raisons différentes, dont la curiosité, mais au fil de mes lectures et dans mon entourage, les aspects pratiques en font parti. Il s’agit de savoir quel prénom chercher, quels vêtements acheter, etc.

Nous avions choisi, pour diverses raisons personnelles, de ne pas demander quel était le sexe de l’enfant lors des échographies et nous l’avons explicitement reprécisé systématiquement pour éviter toute gaffe. J’avais assez entendu d’histoires malencontreuses sur la question.
Nous avons surtout eu droit à des observations quant à la praticité douteuse de notre choix  : « pour choisir le prénom / les vêtements / et la chambre ? »
Certes, savoir si c’est une fille ou un garçon est le premier élément tangible et supposé « certain » que les parents apprennent. Celui qui pour beaucoup ancre un peu plus ce bébé à naître dans la réalité quotidienne, permettant pour les fratries de projeter un peu mieux un hypothétique futur. On peut aussi avoir effectivement avoir envie de pouvoir s’organiser, parce que c’est un paramètre qui, pour telle famille, aura du sens dans leur conception des choses / organisation, etc. Pour certains, c’est aussi une facilité d’attachement. Intrinsèquement, je le comprends tout à fait, c’est juste que nous ne fonctionnons pas comme ça, personnellement. ^^

Est-ce que ce n’est pas un peu étrange, finalement, de savoir que c’est le premier prisme censé ancrer l’enfant à naître dans la réalité quotidienne ? Est-ce que cela pourrait en dire finalement plus long sur notre fonctionnement / nos attentes sociales et/ou personnelles que sur l’individu in-utero ? Un certain nombre d’études ont démontrés que les parents n’interagissent pas de la même manière avec leur bébé suivant que ce dernier est un garçon ou une fille. (Voir ici) Et ceci même quand on essaie de faire son maximum pour éviter ce type de comportement. Le savoir a d’ailleurs fortement contribué à mon refus catégorique de savoir si j’attendais une fille ou un garçon : autant profiter de la grossesse comme d’une zone (supposée) neutre.
Quand je faisais part de mon ignorance quant au sexe du bébé que j’attendais, j’ai parfois eu droit à des observations telles que :

« Ah, vous avez beaucoup de nausées, c’est une fille alors. Déjà une chipie qui fait vomir Maman ».

Effectivement, il semblerait qu’il y ait une corrélation entre la fréquence et la violence des nausées quand on est enceinte d’une fille, mais c’est dû au taux d’une des hormones, plus importante en cas de fœtus de sexe féminin, et non pas à un quelconque trait de caractère.
Enfin, ayant entendu « ce sera très bien si c’est un garçon, vous ne lui transmettrez rien et c’est parfait », je n’avais pas envie de me focaliser sur la question. J’ai effectivement un passé plutôt lourd en terme d’éducation, mais c’était très maladroit, mal formulé, et ca m’a braqué. Résultat, j’ai passé ma première grossesse à avoir peur de rejeter le bébé si c’était un garçon. Ignorer la question était plus simple à gérer, et je me disais qu’une fois le bébé né, avec sa petite trogne toute fripée et le chamboulement hormonal, ce type de prise de tête passerait au second plan : j’accueillerai d’abord une personne, et basta. Mes deux réactions et mon vécu lors des deux naissances font que, dans mon cas personnel, c’est pertinent.
Revenons à la question de la praticité qui est brandie quasi systématiquement : finalement, est-ce que c’est ça, l’important quand un enfant paraît ? Une histoire de décoration de chambre et de couleurs de pyjamas ? Donc, pour que cela paraisse pratique, il faudrait absolument rentrer directement dans une case préfabriquée ?
Avant la généralisation des échographies, on se contentait de préparer de la layette. Blanche dans la majorité des cas, parfois bleue et blanche quand l’enfant était placé sous la protection de la Sainte Vierge (cette pratique est majoritairement tombée en désuétude mais reste parfois pratiquée dans certaines familles). Ensuite les tout-petits étaient habillés pareil jusqu’à la propreté, avec des robes blanches et les cheveux long.

Question organisation ici, c’était tout vu, parce que chez nous de chambre il n’y a pas au débuts. Quant au prénom, nous avions décidé d’attendre la naissance pour le choisir. Je n’ai pas nommé mon chat avant de l’avoir parce que je voulais l’observer, alors je me voyais mal décider à l’avance du prénom de nos enfants. Cette idée me mettait mal à l’aise, position très personnelle. Finalement, pour la petite histoire, c’est plutôt le prénom qui nous a choisit et nous avons attendu plusieurs jours pour être sûrs que c’était bien celui-là, étant donné qu’il est rare et assez inhabituel (rien de fantaisie ni d’inventé par ailleurs).

La garde-robe a été vite vue elle aussi, d’abord parce que nous avions des soucis franchement bien plus graves en tête la première fois. La majorité a été trouvé rapidement en brocante, le reste acheté neuf (parce que trouver du 00 / prématuré en vide-grenier, ce n’est pas gagné, et que oui, nous savions que nous en aurions besoin vu le petit gabarit annoncé.) Vêtements choisi en priorité pour leur confort et majoritairement bleu, par goût.

Nous avons droit à tout un florilège (et pas seulement sur les vêtements), et notamment cette perle, émanent d’une puéricultrice qui a cru bon, observant les body bleu ciel et un marqué de l’inscription « little hero » en particulier, de nous demander :

« Vous ne vouliez pas du tout de fille ou c’est une erreur de l’échographie ? Vous croyiez que c’était un garçon ? » 

Avant d’enchaîner avec force maladresse sur le fait que l’on aurait au moins pu acheter « un petit truc rose ». Sans rires.

J’ai la sensation que cette importance de préparation différente selon qu’il s’agisse d’un garçon ou d’une fille ne fait que se renforcer avec les années, et que, outre la pression du marketing, les tendances des USA contribuent à accentuer le phénomène.
Quand j’avais du temps à tuer sur Pinterest il y a déjà quelques années, j’avais découvert, non pas les baby shower que je connaissais déjà, mais la Gender Reveal Party. Autrement dit, une fête au cours de laquelle on révèle le sexe du bébé à naître. Même Outre-Atlantique, il semblerait que la tendance soit récente, environ une dizaine d’années.

Autre truc découvert sur Pinterest, puis sur Etsy : la profusion de bandeau pour mettre autour de la tête d’une petite fille. Parce que c’est super important que l’on voit qu’un nourrisson de trois semaines est du sexe féminin. On me rétorquera que ce n’est pas méchant. Je répondrai que je ne suis pas sûre que ces machins ornés de fleurs et de tulle soient super confortables. (Après, si c’est un bonnet de couleur, j’ai envie de dire « grand bien leur fasse, hein, mais justement, on ne parle pas de bonnet de couleur là.)

Personnellement, on ne me retirera pas de la tête que l’important pour un bébé, c’est d’avoir sa maman (non pas que papa ne soit pas important, mais quand ils arrivent au monde, le repère numéro, c’est la mère), d’être au chaud et de pouvoir téter quand ils veulent (remplacez par « manger quand ils ont faim » si ma formule vous gêne).
Être bien habillés, ils s’en moquent éperdument.

2 réflexions sur “C’est une fille ou un garçon ?

  1. tiphaine L dit :

    merci pour ton point de vue, je n’aurais pas pensé à cela.
    le coup du « Déjà une chipie qui fait vomir Maman ». me fait bondir aussi.
    Par contre ça ne me dérange pas que les gens demandent, c’est une façon de se projeter, on sait bien que c’est un bébé mais il y a deux sortes d’être humain: fille ou garçon, et même sans en rajouter avec une éducation super marquée fifille ou macho man il y a des différences dans les grandes lignes, et toute addition change la dynamique de la famille.
    personnellement je préfère garder la surprise, non pas au sens du kinder surprise mais pour profiter de l’inconnu de la grossesse, et découvrir le bébé à sa naissance. Mais mon mari a besoin de savoir, du coup sur 5 bébés on a eu un seul sans savoir si ce serait une fille ou un garçon, et sans doute une coincidence mais ça a été ma relation la plus simple et la plus fusionnelle avec un nouveau né. 😉

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    • Andrinople dit :

      Désolée, je me rends compte que je n’avais pas pris le temps de te répondre. (je pensais le faire bien plus tôt).
      Oui, la question n’est pas tellement gênante, c’est surtout l’espèce de tunnel de réactions qui a tendance à m’agacer. Une personne sincère qui pose la question gentiment, ca va. En revanche, certaines extrapolent directement tes désirs, alors même que personnellement tu t’en fiches. Plus que la question intrinsèque, c’est en fait ça qui me gêne : le moule social que l’on dessine pour voir si tu vas rentrer dedans. Comme j’ai eu une fille, j’avais droit à « ah bah je vous souhaite un garçon hein ». Et quand j’ai répondu que je serais ravie d’avoir deux filles, on m’a dit « Votre mari va regretter ». Puis comme j’ai ajouté malicieusement qu’on était pas obligé de s’arrêter à deux, la personne rétorque « oh dites, vous n’allez pas en faire dix non plus, faut savoir s’arrêter. Deux ca suffit ». J’étais au travail donc impossible de lui répondre que ça ne la regardait pas.

      Niveau question, en général je demande plutôt s’ils ont choisi de savoir. Effectivement la réponse est oui dans 90% des cas, mais il y a des nuances qui ressortent, et parfois de vraies surprises aussi.
      En ce qui concerne la dynamique de la famille, je te crois sans peine, même si ta réponse m’intrigue. Je ne connais pas de familles nombreuses, et chez nous, c’est globalement 2 enfants maximum (dans ma famille, il faut remonter à mon arrière-arrière grand-mère pour trouver cinq enfants). Et ayant deux filles, ce n’est pas une question que je connais personnellement : concrètement, au quotidien, comment est-ce que ce changement de dynamique se traduit ? (C’est une vrai question, même si je comprends qu’elle puisse paraître « drôle »).

      Concernant la surprise, ne t’inquiète pas, je pense que nous partageons un peu le même avis sur la « surprise » de l’attente. Au début Monsieur voulait savoir, et j’avais suggéré que si c’était important pour lui, on pouvait éventuellement demander à ce que je sorte de la pièce et que l’échographiste lui dise. Ensuite, il a finalement préféré attendre aussi, pour différentes raisons.
      Je pense que, dans mon cas, j’avais trop de doutes sur mes réactions et sur mon côté « qui se crispe » sur certains détails. Du coup, n’ayant pas eu beaucoup de soutien pour ma première grossesse, j’ai préféré bloquer au maximum toute possibilité « d’intrusion de commentaires déplacés » pour me protéger.

      Au final, l’article que j’écrirais aujourd’hui serais sans doute similaire, mais avec beaucoup plus de nuances.

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