[La drôle d’époque #7] « Bienveillance » et confinement (1)

J’ai vu une petite vidéo censée être « drôle » aujourd’hui, sur les attitudes des parents pendant le confinement. Elle ne m’a pas fait franchement rire, cette vidéo. En fait, je l’ai même trouvée très glauque. C’est censé être un reflet humoristique de la réalité, mais je me demande si ca ferait autant rire si on faisait la même vidéo avec un homme qui dit « ah zut, ca fait une heure que j’ai caché ma femme dans le placard, je vais aller la libérer » ou même avec des animaux domestiques. A mon avis, non. Dans le cas des animaux domestiques, ça ferait sans doute encore moins rire d’ailleurs.
Alors, pourquoi, sous prétexte que ce sont des enfants, soudainement c’est considéré comme drôle ?
Pour moi, ca légitime d’une certaine manière les VEO. Violences Educatives Ordinaires. Toutes ces attitudes, tous ces gestes que l’on trouveraient parfaitement inacceptables s’ils ne visaient pas des enfants.

S’il y a un sujet que je trouve déprimant, c’est celui là : l’espèce de constat général sur la difficulté, voire l’impossibilité des parents de vivre au quotidien avec leurs enfants. Alors oui, je ne dis pas que c’est une sinécure ni même facile d’être à 4 ou 5 enfermés dans 45m2 avec en plus le télé-travail et le travail scolaire à gérer. Evidemment que ca augmente les tensions, que ce n’est pas « vivable » sur le moyen ou le long terme, surtout quand on ne peux pas sortir.
Il va de soit aussi que cela dépend des enfants, de leur âge, de leurs besoins respectifs (je pense aux enfants TDAH, avec des besoins spécifiques…) On ne peut pas faire de généralisations abusives.
Mais sur le fond, ça fait réfléchir, ce qui est justement le but de cet article : quelle place ont réellement les enfants dans notre époque ? Ils ont des jolies chambres, des jouets à ne plus savoir qu’en faire, des vêtements neufs et leurs parents sont sommés d’avoir le moyen de les gâter sinon ils n’avaient qu’à pas en faire. (Oui, j’ai vu un échange instagram avec une commentatrice qui disait basiquement que si on ne pouvait pas acheter des vêtements neufs et de la nourriture bio, alors c’est qu’on n’avait pas les moyens d’avoir des enfants et que les pauvres, on les sacrifiait.  Donc, le sel de la vie, c’est ça ? Des vêtements neufs et manger bio ? Ah. Malthus a encore de beaux jours devant lui…) Mais dans le fond ? Est-ce qu’ils étaient vraiment plus malheureux à l’époque où ils pouvaient passer la journée dehors à user leurs fonds de culotte dans les arbres que maintenant sur un canapé avec une tablette sous les yeux, avec interdiction de sortir parce que le monde est dangereux ?¹ (et je ne parle pas uniquement pendant le confinement) ? Je n’en suis pas sûre. Je ne crois pas aux images d’Epinal, et non tout n’était pas mieux avant. Je suis convaincue en revanche, que si notre époque tolère les enfants, elle ne les accepte pas.

Sans rire, je repense à cette puéricultrice qui m’a dit à propos de Mlle Pompon, âgée d’un mois (et avec un petit poids de naissance + RGO = surveillance et galères ++) : « il faut qu’elle apprenne à s’au-to-no-mi-ser. Vous devez lui apprendre à s’endormir seule dans son berceau.
Me souvenir de cette anecdote me donne envie d’être vulgaire. Dans quelle société on s’imagine qu’un nourrisson va être autonome alors qu’il a passé en général au moins huit mois dans le ventre de sa mère ? Par contre, on nous explique -et c’est une bonne chose- qu’il faut au moins neuf mois pour que le corps retrouve sa forme d’avant (même si dans mon cas ce fut infiniment plus rapide. En fait tellement rapide qu’on m’a demandé si j’étais vraiment la mère ou si je l’avais adoptée…). On a parfois plus de conseils sur son corps que sur le fonctionnement de son bébé. Oui, un nourrisson, c’est fatiguant à gérer. Oui, il pleure. Oui, il a besoin des bras.

Et oui c’est normal. Et pourtant, je ne suis pas « mère poule » de tempérament. J’ai même plutôt un caractère à l’opposé, ce qui a rendu cette période compliquée à vivre, mais j’y reviendrai un jour.

Quand Pompon est née, je me suis posé la question de savoir comment ils faisaient, en Amazonie, en Namibie, en Asie, dans tous ces endroits où on nous décrit les enfants comme tellement éveillés, habiles, etc. Comment ils faisaient en Europe au début du siècle dernier, au Moyen-Âge.
Et je me suis dit qu’il y avait un paradoxe dans notre société post-moderne : d’un côté il faut autonomiser l’enfant très tôt, y compris en le laissant pleurer (même si c’est de moins en moins le discours qui prévaut). De l’autre, on infantilise les enfants en ne leur confiant que peu voire pas de responsabilités. Quand j’étais petite, je devais aller faire les petites courses quand nous étions chez ma grand-mère. Et ce dans un pays dont je ne parlais pas la langue. On me confiait le panier, les sous, et hop. Débrouille-toi. Alors ma mère avait pris soin de baliser le parcours avec moi et elle savait que dans ce minuscule village, tout le monde savait qui nous étions : les gens étaient bienveillants, et prêts à nous aider ou à nous prêter main forte en cas de soucis. Mais je n’avais tout de même que cinq ans la première année. Aujourd’hui, un enfant de sept ans qu’on laisse aller chercher le pain seul, il n’y en a plus tant que ça.
Du coup, ca m’a inspiré quelque chose qui est, je ne l’ai découvert que plus tard, une vraie théorie : celle du continuum.
Bien avant de la découvrir, j’avais décidé de mixer « maternage proximal » (il parait que ca s’appelle comme ça, mais je ne suis pas à l’aise avec les étiquettes d’autant que je ne me reconnait pas forcément dans tout là dedans) tant que le besoin s’en faisait sentir (en m’adaptant au caractère de Pompon) puis de lui donner très jeune de petites responsabilités et de l’impliquer dans la vie de la maison au fur et à mesure de sa croissance et de ses capacités.
Alors oui, pour la partie « bébé » c’était plus simple avec un seul enfant. Mais aujourd’hui, j’ai une petite de trois ans qui est décrite comme plus indépendante que la moyenne, et plus capable. Elle ne parle que peu, mais par exemple, si je prépare des pommes de terre, elle est en mesure de prendre les patates et de me les préparer en retirant les yeux. Elle en est non seulement capable, mais en plus elle est ravie ! Par contre, chez nous, il est vrai qu’il n’y a pour ainsi dire pas d’ateliers « tout fait et ludique » : pas de sable coloré, pas de jolies activités amoureusement préparées dans le but d’occuper le temps pour passer la journée, ce qui est parfois une source de culpabilité pour moi. Même les activités Montessori, parfois ca me gonfle : je préfère la laisser faire avec ce qu’il y a « sur le terrain » plutôt que de sortir artificiellement des plateaux etc. En voyant la quantité astronomiques d’ateliers, trucs à faire, coloriages etc, je me dis que d’un côté c’est sans doute super, mais que trop, ca créée une frustration potentielle chez l’adulte. Un peu comme dans le fait de dire « attends 5 minutes » pendant x temps alors que l’enfant est en demande. Au final, il explose, l’adulte n’a pas pu faire ce qu’il avait à faire, et ca part en cacahuètes. A contrario quand l’habitude est prise, c’est moins délicat (toute proportion gardée) de dire « on prends x minutes ensembles, puis je fais ça », quitte à utiliser un timer. A condition d’être soi-même honnête et de pratiquer ce principe régulièrement (et en fonction de l’enfant aussi…) ca permet d’éviter d’avoir la sensation de courir après sa journée.

Dans des périodes plus délicates à gérer -comme en ce moment-, ce principe « d’autonomie » qui m’a guidé est d’autant plus précieux. Après, ce n’est qu’un exemple dont la réalisation a été permise à la fois par nos caractères, par le caractère de ma grande et par notre mode de vie. Je n’ai pas forcée Pompon a être autonome, et les démonstrations / apprentissages se sont fait avec autant de bienveillance que possible (bon, quand on tombe sur une bassine d’eau  renversée à 21h alors qu’on se lève tôt le lendemain, ca prend un bunch de patience pour ne pas s’énerver ou au moins râler).

 

1 : Il y a quelques années, j’avais lu une étude très intéressante sur le périmètre de déplacement libre dont disposaient les enfants dans les années 1970 par rapport à celui dont ils disposent aujourd’hui. Sans surprise ce dernier s’est drastiquement réduit. Evidemment, je ne retrouve pas l’étude en question, mais si cela parle à quelqu’un, je serais ravie de la mettre en lien.

(Image retrouvée sur mon disque dur) 

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