Lettre ouverte à l’amie qui attend son premier enfant

Tu attends ton premier enfant, pour le mois prochain. Ceci est tout ce que j’aurais voulu te dire, que je t’ai dit partiellement, maladroitement. Sans doute de manière lacunaire, mais dans tous les cas, sincère.

Je te souhaite, mon amie, de pouvoir attendre aussi sereinement qu’il est possible de le faire en ce moment, le jour de la naissance de ton enfant. Sans pression, le cœur léger. Les bébés sont plein de surprises et savent très bien gérer leur agenda. Moins le nôtre.
Ce jour là, je te souhaite de trouver une équipe médicale à l’écoute, qui prendra le temps de te rassurer, de t’expliquer leurs gestes, de te demander ton consentement. Et si, pour une raison ou pour une autre, il n’y avait pas le temps, alors j’espère qu’ils te parleront quand même, qu’ils te soutiendront. Que tu te sentiras entourée, même si cela devait être dans le silence, uniquement par des gestes. Malgré tout ce que le personnel médical vit en ce moment -et pas uniquement en raison de la pandémie-, malgré la fatigue ou la routine qu’ils vivent, j’espère qu’ils se souviendront que, si pour eux c’est leur quotidien, pour toi, c’est un moment unique. Que pour ton bébé, c’est de sa venue au monde dont il est question.
J’espère que ton homme pourra être auprès de toi le temps que cela durera.

Je ne te souhaiterai pas de ne pas avoir mal, parce que cette douleur là n’est pas un mal en soi, quand bien même elle semble parfois insupportable. Et j’en sais quelque chose. Ce que je te souhaite en revanche, c’est que cette douleur ne soit pas solitaire.
Tu ne sais pas si tu auras envie ou non d’avoir la péridurale. Alors, mon amie, je te souhaite d’être soutenue. Et que si tu décides de la prendre, ce soit uniquement parce que c’est ton choix, et pas parce qu’on t’auras mis la pression pour l’accepter, ou parce que tu n’auras pas eu l’accompagnement nécessaire pour faire sans.
Je te souhaite d’avoir un accouchement respecté. Et pour ton bébé, une naissance respectée.
Quelle que soit la manière dont cela doit se passer. Un accouchement qui soit un souvenir à chérir, et qui ne te laisse pas un goût amer dans la bouche, un sentiment d’échec ou de peur. Non, personne ne peut te dire comment il se passera, mais on devrait pouvoir promettre, au-delà des prouesses médicales et technologiques, que l’Humain sera présent. Alors, je te le souhaite de tout mon cœur : que l’équipe soit bienveillante, je vous le souhaite, à tous les trois.

L’accouchement que l’on souhaite, celui que l’on a, ne présage pas de nos qualités de mère. Tu préférerais vraiment éviter la césarienne, comme bien des femmes -dont je fais partie- et je te le souhaite. Mais si tu devais en avoir une, pour n’importe quelle raison, je te souhaite d’être entourée, et de vivre un moment tout aussi unique et respecté, pour vous tous, et que l’on pense à faire doublement preuve de tact.

Je vous souhaite de faire connaissance au calme. Sereinement. J’espère qu’on vous laissera faire connaissance, entre Lui et Vous.
Vous avez choisi de ne pas connaître le sexe. Je te souhaite qu’on te, qu’on vous laissera découvrir ce bébé sous toutes ses coutures sans vous gâcher la surprise.

Peut-être, au moment de sa naissance, ressentiras-tu un immense bouleversement d’amour, une gigantesque vague qui déferlera jusqu’au fond de ton âme. Et peut-être ne ressentiras-tu absolument rien. Je voudrais te dire que c’est ok. Que c’est normal aussi. Que cela ne présage pas de l’amour. Il en va des naissances comme des amours : certains nous foudroient comme une évidence. D’autres prennent du temps et prennent doucement racines au creux de notre cœur. Ils n’en sont pas forcément moins fort, et cela ne fera pas de toi une moins bonne mère, une mère moins légitime.
Et contrairement à ce que tu entendras peut-être, cela n’a pas forcément à voir avec les conditions de naissance. Ca peut. Mais pas toujours, et je parle d’expérience.

Je te souhaite de pouvoir, dans six mois, dans un an, dans 10, 30 ans, pouvoir te souvenir de ton accouchement comme d’un événement heureux et unique. Sans ombres dans les coins. Que ce soit un souvenir de ta force, de votre force. De la naissance de votre famille.

Je pourrais continuer ainsi sur des centaines de sujets, sur des centaines de phases. Sur l’allaitement que tu aimerais essayer, sur le baby-blues que tu traverseras peut-être, sur le post-partum… d’autres bien plus doués que moi ont écris à ce propos. Ce que je peux te dire, outre les lieux communs sur ton instinct et ta force de mère (qui pour être des lieux communs n’en sont pas forcément moins vrais), c’est que je suis là.

Chaque trajectoire, chaque expérience, chaque naissance est unique. Mais même si je ne peux pas faire plus que d’écouter ton vécu, ton ressenti, tes peurs, tes douleurs, mes oreilles seront là. Même si ce n’est que pour faire un relais parce que tu te dis que tu as déjà assez « soûlé » d’autres personnes.
Si tu hésites à m’envoyer un sms à 4h du matin pour n’importe quelle raison…n’hésite pas. Peut-être que je ne le lirai qu’à 8h et n’y répondrai qu’à 9h, entre deux tétées, mais j’y répondrai.
Nous ferons sans doute des choix différents, nous aurons des conceptions des choses différentes, des enfants différents, tout comme nos histoires sont radicalement différentes  ; mais quels que soient tes choix, tes décisions, je les écouterai, et je ne commenterai pas tes choix, à mon que tu ne me demandes explicitement mon avis. Il y a un millions de choix à faire, et chacun fais avec son passé, son mode de vie, ses besoins, ses possibilités, son couple. Je ne suis pas là pour être un livre de conseil, je suis là parce que je suis ton amie. J’ai appris à la dure combien tout peut vaciller quand tout le monde y va avec son commentaire à l’emporte-pièce. Combien des remarques anodines, des petites cruautés quotidiennes peuvent nous amener jusqu’au bord de la falaise.
Et paradoxalement, j’espère être capable de discerner un éventuel appel au secours s’il y en a un. Et de trouver le moyen de t’aider. Parce que parfois, il y a ces appels tellement silencieux que personne ne les distingue, que personne n’ose intervenir. J’espère que tu n’en auras pas besoin, mais si tel devait être le cas, j’espère savoir t’entendre dans le méandre des mots et des silences.

J’espère, bien sûr, last but not least, que tout ira bien pour toi et pour ton bébé.Et que votre aventure soit belle, riche de sens et d’humanité.

Je vous souhaite une magnifique rencontre.

 

 

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